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Stabilité et Liberté

Échos sur les Rencontres nationales de l’IFY à Saint-Raphaël, mai 2015

Pendant quatre jours les formateurs et adhérents de l’Institut français du yoga ont bûché, à un rythme soutenu, sur le thème « Stabilité et Liberté ». Dans le beau cadre arboré du Creps de Boulouris, plus de deux cents participants ont partagé les travaux proposés par les formateurs de l’Institut. Tous les deux ans, ces rencontres sont l’occasion d’assurer la cohérence et la vitalité d’un enseignement qui puise ses racines dans la lignée du grand yogin de Madras T. Krishnamacharya et de son fils T.K.V. Desikachar.

La Fédération inter-enseignements de hatha-yoga (FIDHY), en répondant à l’invitation de Maude Leynaud, présidente de l’IFY, tenait à honorer l’esprit de dialogue et de respect instauré entre nos deux fédérations et à faire vivre ce lien fort qui unit tout pratiquant de yoga, au-delà des spécificités de chaque organisation.

Une fédération organisée autour d’une lignée de transmission

L’IFY a été fondé par les premiers élèves formés personnellement par T.K.V. Desikachar. L’enseignement du yoga inspiré par son père, le grand maître indien T. Krishnamacharya, se caractérise depuis trente ans par la référence permanente dans la pratique au Yoga Sūtra de Patañjali. Le respect de l’individu et de sa culture, ainsi que l’application du concept de vinyāsa krama* sont les valeurs fondamentales auxquelles l’IFY est attaché. Membre de l’Union européenne de yoga (UEY), l’organisation nationale fédère 12 associations régionales, 23 formateurs, 655 professeurs et près de 6 500 adhérents.

Une organisation collégiale

Les grandes orientations de l’IFY, adoptées par l’assemblée générale, sont le fruit d’un dialogue entre les deux collèges que sont celui des représentants des associations et celui formé par l’ensemble des formateurs. Ce dernier est un organe de réflexion et de proposition, en charge de la transmission du yoga, de la formation des enseignants et de la cooptation des futurs formateurs. Le conseil d’administration, composé de 12 membres, dirige et gère la fédération.

Michel Alibert, ancien formateur, faisant référence à l’historique, précise : « L’IFY s’est constitué lorsque la personnalité de T.K.V. Desikachar s’est affirmée sur la scène française, à travers les pionniers que furent Claude Maréchal, François Lorin, Laurence Maman, Bernard Bouanchaud et Peter Hersnack. Encourageant les élèves qu’il avait formés à organiser directement la formation des professeurs, il s’est lui-même effacé de l’organisation de l’IFY. »

Un système de transmission fondé sur une réelle expertise

La qualité de la formation des professeurs est au cœur des préoccupations de l’IFY. La fidélité à l’enseignement reçu est assurée par les 23 formateurs. Pour Jean-Yves Deffobis, formateur de la région Loire-Océan :

« L’objectif de l’enseignement est axé sur l’atteinte de l’excellence avec la délivrance d’un diplôme qui va bien au-delà du contenu de base recommandé par l’UEY. Il s’agit, comme l’a fait Desikachar, d’adapter la transmission à l’individu afin de lui permettre de gagner de l’autonomie dans sa pratique. Le formateur a la responsabilité de piloter la transmission de ce yoga, selon les principes du viniyoga, c’est-à-dire étape par étape, en s’adaptant aux besoins personnels du postulant, quelle que soit sa condition, son âge, ses possibilités et ses aspirations. »

Quant au professeur qui souhaite devenir lui-même formateur, il va suivre un cheminement finement mis en œuvre au travers de l’expérience de la fédération. D’abord, la présentation de sa candidature à une instance de cooptation nationale. Après acceptation de sa candidature par l’ensemble des membres et choix fait du formateur référent, le candidat démarre son apprentissage qui durera quatre ans. Supervisé en permanence par son référent, il acquiert ainsi des notions aussi bien dans les domaines théorique et pédagogique, que relationnel et administratif. À l’issue de l’apprentissage, l’ensemble des membres de la commission de cooptation statue, après examen du dossier du candidat incluant toutes les étapes de son parcours.

« Ce système permet à tout le moins la confrontation et l’émancipation du système pyramidal traditionnel, explique Jean-Yves Deffobis, puisqu’il met l’accent sur une caractéristique du formateur qui est d’être par essence polyvalent aussi bien en termes de compétence technique que dans l’enseignement du Yoga Sūtra de Patañjali ou dans des savoir-faire en matière d’organisation et d’autonomie administrative. Le yoga que nous transmettons repose sur une base éminemment pratique, ce qui permet de gérer des parcours très différents.

De plus Desikachar, en véritable champion de l’enseignement de Patañjali, a su faire vivre le Yoga Sūtra par l’intermédiaire de techniques propres. Ce n’est donc pas un hasard si cela aboutit à une importante production d’interprétations de cette œuvre fondamentale, en fonction de l’expérience et de la sensibilité de formateurs comme Frans Moors, Bernard Bouanchaud ou François Lorin. »

C’est pourquoi, au sein de l’IFY, chaque formateur créé et organise lui-même son programme de formation des futurs professeurs. Jean-Yves Deffobis : « La transmission fondée sur l’expérience reste vivante, présente, grâce à cette impulsion. Le fondement de cette transmission repose aussi sur le svabhāva, c’est-à-dire la nature propre de chaque individu. Ce potentiel de devenir soi peut se réaliser grâce à la relation confiante et prolongée par de nombreux contacts, comme ces rencontres nationales, tout au long de la vie du professeur. »

Un encouragement à la pratique personnelle individualisée

Nathalis Moulis, formatrice à l’antenne PACA, formée par Bernard Bouanchaud, met l’accent sur les espaces d’ouverture et de liberté que propose l’organisation de la transmission. Ce qui lui semble le plus marquant dans le travail de l’IFY, outre le questionnement récurrent, c’est le respect du précepte véhiculé depuis Nathamuni : « Tu n’enseigneras pas ce qui est bon pour toi, mais pour l’élève. »

« Dans mon rôle de transmetteur, c’est l’encouragement à la pratique personnelle individualisée qui me paraît essentiel. J’accompagne en cours individuel, cinq fois par an, chaque futur professeur et lui donne des outils pour avancer, comme ce yoga « tout terrain » qui concerne aussi bien les enfants, les ados, les adultes que les seniors et les personnes atteintes de handicap. On voit dès lors que la formation représente un réel investissement mais qui, en contrepartie, permet de rester très créatif. »

Le puissant stimulant de la confrontation

La cohérence de l’enseignement, doublée d’un climat et d’une organisation propice à l’échange, sont les ingrédients majeurs de cette transmission, selon Michel Alibert :

« Ainsi personne ne se sent détenteur de la vérité. La confrontation fréquente évite le dénigrement et reste très constructive pour le formateur et le futur professeur en leur permettant de dépasser l’enfermement possible. Le travail d’anthropologie sur les sūtra de Patañjali qui caractérise l’IFY enrichit et affine notre compréhension de l’humain. Mais je considère aussi que le travail sur le souffle, fondé sur une tradition, est un des enseignements essentiels car il est le plus simple et le plus efficace. »

Des rencontres axées sur la convivialité et le partage

Le comité d’organisation de ces journées à fait le choix de mixer des conférences et des pratiques réunissant tous les inscrits, réparties dans six salles. L’objectif visé était de permettre aux participants de rencontrer l’ensemble des formateurs. Cette option a permis, comme l’indique Marie-Claude, elle-même professeur en formation, « d’offrir un large éventail des enseignements de Desikachar, ce qui est d’un intérêt capital pour avancer dans son apprentissage en ayant une vision globale ».

Quant aux formateurs, ils sont pleinement conscients que la préparation des rencontres est une affaire sérieuse. Sollicités pendant un an et demi, au rythme de quatre ou cinq rencontres de trois ou quatre jours, l’ensemble des formateurs travaille à l’élaboration du programme selon le thème choisi. Les rencontres nationales 2015, c’était donc : vingt formateurs, des conférences, des cours classiques avec āsana, des « temps privilégiés » réservés aux interactions formateurs/participants, des ateliers libres proposés par les formateurs, ou encore des « voyages intérieurs » pouvant inclure aussi bien du prānāyāma, des chants que des méditations. Le choix était varié.

Pour Christine, parvenue aux trois quarts de son parcours de futur professeur, ces rencontres sont une chance inespérée de fortifier sa pratique.

« Outre l’aspect très convivial et amical de ces journées, elles sont d’un apport inestimable pour me donner confiance dans mes capacités. »

Des pratiques et débats inspirants

Rendre compte de l’aspect très studieux de ces journées, au cours desquelles les participants se hâtaient d’une salle à l’autre, pour enchaîner trois ateliers le matin et autant le soir, est malaisé. Une organisation impeccable soutenait cette belle intensité dont Anne Lebeaupin, ancienne présidente, avait eu la gentillesse de me prévenir, afin que mon enthousiasme ne s’émousse pas. Les séances de partage, les rires, les repas et le joyeux cocktail d’accueil tempérèrent opportunément cette densité en facilitant les contacts. Dans la pile des notes prises, je citerai une pratique pour donner un peu de chair à mes propos.

Au cours d’une pratique ouverte à tous, il nous a été proposé de pratiquer deux à deux, en assise, face à face, à une distance légèrement supérieure à la longueur de bras. La consigne demandait qu’un des partenaires de ce binôme démarre en réalisant l’étirement vertical d’un bras au rythme de l’inspiration et son abaissement à l’expiration. Un geste simple en apparence et que le vis-à-vis devait reproduire en miroir, en se basant sur une attention soutenue à la respiration de son partenaire mais sans se laisser influencer ou dominer par le rythme de l’autre.

Dans un silence concentré, trois séries se succédèrent qui se terminèrent par deux salutations à la japonaise, mains jointes au niveau du cœur. Ensuite, assis côte à côte, chaque pratiquant devait échanger et dialoguer sur les difficultés, le ressenti éprouvé pendant la pratique. Le formateur anima ensuite un débat collectif faisant ressortir des notions d’attention, de concentration, de réactions émotionnelles ou d’effets de relation interpersonnelle.

Des ateliers portant sur les āsana, les sons ou les mantra m’ont particulièrement inspirée, bien que toutes les pratiques m’aient enrichie.

Catherine Chesnay

Enseignante FIDHY

* vinyāsa krama : stratégie d’évolution personnelle positive fondée sur la connaissance du point de départ et de l’objectif à réaliser, grâce à une pratique assidue du yoga.