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Zinal - 21 au 26 août 2016

43ème Congrès européen de yoga

Compte-rendu du congrès d'août 2016 par Laurence Janin, enseignante IFY.

Zinal 2016, nous y étions ! Nous, c’est-à-dire une petite dizaine de professeurs venus de la Côte d’Azur. C’était la première fois pour la plupart d’entre nous.

Le thème de cette année était « Santé et yoga ». Le mot sanskrit correspondant est svastha qui désigne « l’état naturel d’équilibre et de bien-être que le pratiquant est censé atteindre ».

 

Zinal

Avant de vous parler du congrès lui-même, parlons de Zinal : nous sommes en Suisse, à l’est du lac Léman. Imaginez un village posé au bout d’une vallée suspendue à 1600 m d’altitude, entourée de glaciers et de sommets alpins, les cinq 4000 : le Weisshorn, le Zinalrothorn, l’Ober Gabelhorn, le Cervin et la Dent Blanche. Cet endroit est appelé « l’Himalaya de l’Europe ». Un lieu inspirant où nous sentons la présence forte de la nature et la puissance des montagnes.

La météo du 21 au 26 août à Zinal a affiché un permanent et insolent grand beau temps : soleil et ciel bleu chaque jour de la semaine nous rendaient joyeuses.

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Organisation

Environ 450 participants de 23 nationalités et 21 enseignants de diverses écoles et pays se sont rencontrés tout au long des journées dans le cadre d’une organisation précise et pourtant très souple. La journée type se déroule ainsi : pratique puis conférence le matin, ateliers ou activités de plein-air l’après-midi  et enfin pratique de fin de journée, sans oublier les soirées de concerts, danse indienne, rencontres… Chacun choisit d’aller là où il le souhaite, disposant d’une grande liberté.

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Soirée d’ouverture

Le congrès a commencé le dimanche soir par la présentation des différents intervenants. L’invitée d’honneur était cette année la famille Mohan : A. G. Mohan, professeur indien de yoga renommé et sa femme Indra Mohan, l’une des rares personnes ayant reçu un diplôme de yoga de Krishnamacharya ; leur fils, Ganesh Mohan, formé depuis l’enfance en yoga, médecin (médecine moderne et ayurveda) et leur fille, Nitya Mohan, enseignant le yoga et diplômée en musique, elle pratique le chant védique.

Cette présentation a été suivie par un magnifique spectacle, intense et très prenant : chaque participant a été littéralement « absorbé » par la construction d’une structure de bois, travail d’équilibre du performeur du « Rigolo nouveau cirque suisse », svastha en direct et en 3D ! (Vous pouvez consulter le site pour vous faire une idée : http://www.rigolo.ch/balance/)

 

Conférences : svastha

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Tout au long de la semaine, j’ai suivi les conférences du matin de A. G. Mohan sur svastha. Sva- signifie le Soi, -stha, demeurer, c’est-à-dire « demeurer en soi ». Svastha est associé à la notion « d’équilibre naturel »  au sens de stabilité mentale, physique et émotionnelle.Le prochain journal de l’IFY (printemps 2017) sera consacré à la santé et reviendra sur ces notions. En attendant, voici quelques-unes des idées que j’ai retenues de ces conférences.

Lundi : le mental

Svastha est abordé à travers le Yoga Sūtra, en particulier en relation avec vṛtti nirodhah.

Ce qui est au cœur de la santé, c’est bien le mental, outil de notre enfermement (cycle de la méconnaissance, identification, « faux savoirs » et illusions, etc.) mais aussi outil de notre liberté si nous parvenons à son contrôle. Ce fut l’occasion pour A.G. Mohan de rappeler avec humour l’extrême focalisation occidentale sur la pratique des āsana alors que la pratique du yoga recouvre huit membres

Svastha, demeurer en soi, niro dhah, enlever ce qui n’est pas soi : l’élimination de ce qui n’est pas soi ouvre un chemin pour aller vers soi.

Le lien entre svastha et sattva : il s’agit de réduire tamas et rajas pour aller vers sattva, notre « état naturel ». Ganesh Mohan nous indique que « dans la vie quotidienne, nous sommes toujours en prise avec tamas, rajas et sattva. Agités ou abrutis nous n’avons que peu de choix ; plus de clarté nous redonnerait plus de choix ».

Nous cherchons des certitudes mais il est important d’avoir des doutes, de se défaire de nos illusions pour avancer.

Mardi : réduire les activités du mental

Nous sommes conscience et non matière. Le mental est sans forme, fait de pensées et d’émotions, émotions qui déclenchent le mouvement des pensées. Le yoga nous aide à réduire l’intensité des émotions négatives et à modifier ainsi notre mental. La difficulté n’est pas de comprendre intellectuellement mais de pratiquer vraiment, en conscience. Le remède, c’est tapas.

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Mercredi :la transformation du mental par svādhyāya

Sva-, le soi, -ady, près de, -yaya, aller, se mouvoir : se rapprocher, aller vers sa vraie nature. Les mantra sont un outil direct d’action sur le mental : ils coupent le cycle de notre fonctionnement mental et des empreintes négatives du passé. Ils peuvent changer notre « discours intérieur ».

Jeudi : la présence, l’attention

Si nous agissons sans présence à ce que nous faisons, il ne peut pas y avoir de stabilité. Pramāda, absence d’attention, est un obstacle majeur à la stabilité (YS I. 30). Nous devons être particulièrement vigilants à ce qui se passe dans notre mental :  « avoir conscience de l’impact de nos actions sur notre mental ».

Vendredi : le hatha yoga de T. Krishnamacharya

Le contrôle du prāṇa est essentiel pour atteindre l’état de svastha. Le hatha yoga se focalise sur le prāṇāyāma car il n’y a pas de contrôle du mental sans prāṇāyāma. Il est également indispensable de contrôler sa nourriture.

[…] Tout le monde ne peut pas évoluer spirituellement de la même façon. Nous devons nous donner des objectifs cohérents avec ce que nous sommes.

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Pratiques du matin par Ganesh Mohan

Ce qui était dit dans les conférences de A.G. Mohan se trouvait repris, comme un écho, dans les pratiques du matin proposées par Ganesh Mohan : pratiques centrées sur l’auto-observation, le self-care, la curiosité et la découverte, la créativité de chaque participant. Pratique tout en douceur où chacun adapte librement à ce qu’il est alors, dans l’instant présent.

Un autre écho passionnant fut celui donné par Jérôme Rzasa, étiopathe et enseignant au sein de la Fidhy, dans son approche scientifique réunissant la physiologie, l’anatomie et la systémique. Sa lecture des notions d’équilibre et de stabilité du point de vue scientifique et son approche des trois bandha ont été d’une précision lumineuse.

Je terminerai en mentionnant la douce présence d’Andrée Maman, sa générosité et sa disponibilité.

Laurence Janin – enseignante IFY