Cet article est extrait de la revue « Trait d’union » éditée par l’association régionale IFY Lyon Centre Est et reproduit avec l’aimable autorisation de celle-ci.
« CONFIANCE
ŚRADDHĀ, ce mot sanskrit à l’étymologie discutée, signifie confiance, conviction, foi… avec ces deux racines ŚRAD– : croire, avoir foi et DHĀ– : être posé, on peut aller plus loin en disant que śraddhā, c’est « être en confiance, être confiant » plutôt que « d’avoir confiance ».
En français, le mot CONFIANCE, vient du latin « confidentia ». Le préfixe con signifie avec. Il est associé à un mot latin : fides, que l’on retrouve dans une famille de mots français et qui peut se traduire selon les contextes par fidélité, confiance, loyauté, foi. De « fides » découlent de très nombreux mots ; par exemple fidélité et ses dérivés, se fier et se confier, confidence, défi, défiance, méfiance, perfidie, fiancé(e), et bien sûr foi, confiance, espérance ferme que l’on place en quelqu’un, en quelque chose ou que les autres placent en vous.
Dans les Yoga sūtra, magistrale synthèse du yoga, Patañjali n’utilise qu’une fois le mot śraddhā à l’aphorisme I 20 du premier chapitre qui définit le yoga et son objectif. Le yoga, dit-il dans les premiers aphorismes, est la concentration du mental, l’arrêt de ces multiples activités. Il donne ensuite les caractéristiques de ces activités au nombre de cinq : la connaissance juste, la connaissance fausse, l’imagination, le sommeil profond et la mémoire.
C’est parce que l’esprit fluctue qu’il y a souffrance. Pour maîtriser ces perturbations, il nous propose une démarche à deux facettes complémentaires. D’une part tout effort, avec ses qualités de persévérance, de justesse, d’enthousiasme, de respect, qui va permettre une stabilité du mental. D’autre part le détachement vis-à-vis des objets que nous présentent nos sens, vis-à-vis aussi de nos peurs, de nos rejets… ce détachement nous rend disponible à autre chose. Le mental stable et paisible est alors éclairé par notre lumière intérieure, notre Moi profond… Puis Patañjali définit deux niveaux de perfection du mental que l’on peut obtenir par la mise en place de ce processus.
Le plus haut niveau consiste en la disparition de la soif pour les objets extérieurs ; le mental, les sens se dirigent vers l’intérieur et laissent notre lumière intérieure éclairer et orienter nos actions.
En I 20 Patañjali nous donne trois qualités à développer pour soutenir ce processus. Śraddhā, être en confiance, c’est le point de départ qui soutient les autres. C’est une qualité essentielle dans le yoga que de développer d’abord la confiance en Soi, la confiance dans ce que je mets en place, la confiance dans l’enseignement du yoga, dans la personne qui me l’enseigne. C’est cette « foi qui déplace des montagnes », qui me permet de dépasser les découragements, les doutes… C’est aussi et surtout la confiance d’être porté par quelque chose qui me dépasse, je peux alors abandonner mes certitudes et avancer vers l’inconnu. Vīrya, la force, la volonté, le courage que donne la confiance. Cette ardeur est au service d’un chemin, d’une direction choisie, de valeurs qui m’accompagnent dans la vie de tous les jours. Smṛti, la mémoire me permet de ne pas oublier l’objectif de départ…, de ne pas céder à la première difficulté, et me protège d’une confiance aveugle et d’une force stupide.
Enfin Patañjali nous dit que les résultats obtenus seront proportionnels à l’intensité de la démarche. Une pratique intense, de tous les instants, donnera des résultats rapides ; l’inverse non. Mais ce qui est encourageant, c’est que tout le monde peut s’améliorer à son rythme. Cependant, il est important d’adapter ses objectifs à ses propres capacités pour ne pas émousser cette confiance.
COMMENT CULTIVER CET ÉTAT DE CONFIANCE POUR OSER …
La confiance existe chez tout le monde comme un potentiel inné, mais elle est évolutive et les accidents de la vie la maltraitent. Dès le plus jeune âge, la génétique, l’environnement, l’éducation, les aléas de la vie etc… font que nous ne sommes pas tous égaux devant cette capacité à être confiant, et à oser. S’engager dans la démarche décrite ci-dessus, à deux facettes, nous conduit sur un long chemin. En effet, la plupart des changements prennent du temps à se mettre en place et les résultats ne sont pas toujours immédiats. Le yoga nous dit aussi que la confiance se construit dans l’action. Se sentir capable, avoir conscience de ses capacités pour pouvoir passer l’épreuve de la prise de risque, même maîtrisée. Pour nourrir cette confiance, il faut une progression, ne pas se mettre dans une situation où l’on court à l’échec systématiquement. Élaborer pour soi-même un plan qui permet de se tester d’abord dans des circonstances faciles, puis augmenter progressivement la difficulté. Si votre objectif est de prendre la parole en public et que vous manquez de confiance, l’idée est d’expérimenter la prise de parole d’abord devant deux à trois personnes puis d’augmenter le nombre de personnes.
À cela il faut ajouter un droit à l’erreur ; un proverbe nous dit : « La différence entre un maître et un apprenti est que le maître a échoué plus de fois que l’apprenti a essayé ». Et ici le lâcher prise est nécessaire. C’est non seulement abandonner ce qui m’empêche d’aller de l’avant, mais c’est aussi ne pas se laisser abîmer par un échec ou un grand succès… Souvent ce capital confiance est abîmé dès l’enfance. Adulte, nous portons toujours ces événements ou leurs traces et cela crée des conditionnements, des façons de fonctionner. Nous portons des choses qui ne sont plus d’actualité… et nous ne sommes plus libres ! Nos actions sont alors colorées par ces traces. Voici comment Patañjali nous explique la spirale de l’action.
L’action posée, ayant comme point de départ une source de souffrance (ignorance, ego, avidité, rejet, peur) aura comme résultats immédiats une expérience agréable ou pas. Et celle-ci va laisser des traces dans notre mental. Ces traces vont agir comme un parfum qui tapisse le mental, qui se répand et s’insinue partout dans le corps. On peut en percevoir les effets à tous les niveaux. Ce processus crée un conditionnement qui renforce l’ego, l’avidité, le rejet ou la peur. Nos actions ainsi que leurs conséquences échappent alors à notre contrôle. Dès que nous nous retrouvons dans une situation ravivant de près ou de loin un de ces conditionnements, nos actions auront des effets eux-mêmes colorés par le passé.
CONCLUSION
Le système du yoga nous propose de réduire nos conditionnements sources de souffrance pour les remplacer par des conditionnements du yoga… c’est un travail de longue haleine et de tous les jours. Mais Patañjali nous dit aussi que ce cercle vicieux peut devenir vertueux si la base de nos actions se fonde sur un mental clair. Finalement il est possible de classer nos actes en deux catégories, en fonction de la manière dont ils nous affectent. Observons nos actions, nos pensées, nos sentiments :
- Les attitudes qui procurent de la joie, une satisfaction durable, de la reconnaissance, du bonheur.
- Les comportements qui entraînent des regrets, de la frustration, du chagrin ou une sorte de mal être intérieur…

Agnès JOLY, formatrice IFY – 2026

