L’engagement dans les yoga sūtra

L’article ci-dessous est extrait de la revue « Le Courrier » éditée par l’association régionale IFY Midi Pyrénées et reproduit avec l’aimable autorisation de celle-ci.

« Le Yoga est défini par Patanjali dans les Yoga Sutra comme une expérience, celle d’être entièrement disponible et présent àce que nous vivons, dans une ouverture
totale à ce qui est. Cet état de présence pleine est un état naturel que nous connaissons tous à des moments privilégiés, ce n’est pas pour autant un état habituel pour la plupart d’entre nous.
Quand nous vivons dans l’état de Yoga, nos regrets du passé, nos peurs sur l’avenir, notre mental souvent perturbé, qui nous incite à juger et à comparer ne font plus écran pour une vision claire, ajustée à la réalité de ce que nous percevons. Dans de telles conditions nous percevons les choses et les situations de notre vie avec plus de lucidité et de sérénité.
En absence de cette disponibilité à l’instant, nous vivons comme avec un pilote automatique : nous nous identifions avec nos croyances sur nous-mêmes et sur le monde. Cette perception limitée est souvent à l’origine d’une connaissance erronée des choses et nous éloigne de notre conscience profonde. Dans de telles situations, nous pouvons expérimenter un sentiment diffus de mal-être, un espace restreint dans notre poitrine et que le Yoga nomme Duhkha.

Le Yoga, c’est alors l’ouverture d’un espace qui nous éveille à l’expérience profonde et fondamentale « d’être » au-delà de toute identification.

« Nous réalisons que nous ne sommes pas nos pensées, émotions, préoccupations, mais qu’avant tout nous sommes et ce regard essentiel permet de vivre chaque instant et chaque situation de notre vie avec une plus grande liberté et simplicité. ». Xavier Melloni sj.

En effet, en tant qu’êtres vivants, nous participons de la nature de ce qui est en changement permanent, ce qui inclut notre propre vie physique, psychique et relationnelle. Pour le yoga, l’enjeu est de ne pas confondre cette dimension changeante avec notre être essentiel celui qui fait l’expérience du changement et qui est au coeur de l’expression « je suis ».

La bonne nouvelle est que nous pouvons nous éveiller à notre nature profonde et ne plus vivre dans la confusion. Pour cela, le yoga nous invite à entreprendre une action sur le mental, notre instrument de perception, afin qu’il devienne plus un allié qu’un obstacle pour notre quête d’authenticité et pour qu’il puisse contenir et répondre aux situations changeantes de la vie sans en être déstabilisé.

L’état de yoga peut gagner de plus en plus de place dans nos vies à  condition d’être suffisamment motivés pour nous engager dans la démarche.
Dans le sutra 12 du premier chapitre des Yoga sutra (YS I.12), Patanjali nous indique le cadre de cette démarche « abhyasavairagya« .
Ce mot comporte deux aspects distincts et indissociables : d’une part abhyasa, que l’on peut traduire par l’engagement nécessaire pour mettre en place une pratique au quotidien. Puis, vairagya, le détachement, le fait de prendre du recul, lâcher prise par rapport aux envies et désirs qui risquent de nous détourner de notre but premier y compris le désir d’atteindre ce but.

Abhyasa : l’engagement.

Le mot abhyasa comporte deux parties, abhy qui désigne un mouvement de retour et as qu’on peut traduire par « être », abhyasa désignerait alors un mouvement de retour à  l’expérience fondamentale « d’être », un retour à  l’état de yoga. Ainsi abhyasa serait tout effort entrepris dans le but d’inverser la tendance habituelle de l’esprit à être dispersé, tourné vers l’extérieur et le conduire vers le calme et la stabilité intérieure. {YS I.13)

Nous pouvons y inclure la pratique d’āsana (la posture) et prānāyāma {le souffle), dhyana {la pratique méditative), la prière, le chant, l’exercice physique, un régime alimentaire, etc. Tout ce qui peut contribuer à la pacification et l’orientation du mental.
YS I.14 : a tu dīrgha kāla nairantarya satkāra ādarā āsevitah drdha bhamih

Patanjali indique dans ce sutra I.14 ce qui caractérise une pratique bien établie, enracinée dans notre vie quotidienne.
Elle est de longue durée « dīrgha kāla » exercée avec persévérance, sans interruption « nairantarya« , exercée avec une attitude positive, vertueuse « satkāra » avec confiance et respect « ādarā« .

Nous réalisons enfin que ce à quoi nous invite le yoga, si nous décidons de suivre cette voie, ce n’est pas une petite affaire de passe-temps mais une entreprise qui va nous demander une implication courageuse.

Son cadeau et son accomplissement sont une disponibilité croissante, et, une ouverture à la Vie, pour la Vie. »

Muntsa Cosculluela-Mas, Présidente association régionale Midi Pyrénées – Juin 2020.