Le Yoga de l’IFY : évolution d’une lignée.

Cet article est extrait de la revue « Le Courrier » éditée par l’association rrégionale IFY Midi-Pyrénées et reproduit avec l’aimable autorisation de celle-ci.

« Entre tradition et évolution, comment pourrait-on définir le yoga pratiqué à l’Institut Français de Yoga ?
Une tradition vivante fidèle à sa source qui sait adapter son art (le yoga) à son public, son temps et ses nouvelles demandes.

Sachant garder le cap engagé par ses maîtres (Krishnamacharya et son fils Desikachar), l’IFY s’appuie sur des professeurs-formateurs allés à la source en Inde recevoir cet enseignement basé sur le respect de la personne, la tolérance, l’adaptation du yoga au pratiquant, et la fidélité à l’esprit propre à cette « lignée ». Un yoga non figé dans la nostalgie d’une certaine époque, mais qu’une nouvelle génération de professeurs-formateurs continuent à faire vivre et évoluer, au masculin comme au féminin. »

Isabelle MASSIÉ, professeur IFY – 2023

« Mon premier cours de Yoga fut une tentative d’imitation du paon, une magnifique professeure sur une estrade qu’une quarantaine de personnes de tout âge tentait de suivre. Au moment où j’ai perçu une foule se roulant par terre comme des bébés essayant d’atteindre des positions improbables, j’ai quitté la salle en crise de fou rire et suis retournée à mon cours de danse.
Plus tard, j’ai de nouveau testé le yoga avec une prof très gentille et attentive aux élèves mais suite à un accident de la route, j’avais des soucis de mobilité et de douleur et malgré ma jeunesse, je me suis fait mal à plusieurs reprises.
A trente-deux ans, et de retour en Irlande, « bingo » j’atterris dans un cours de ‘Viniyoga’ où le prof nous montre des adaptations selon notre niveau et état de santé. Déjà enchantée par l’accessibilité de cette pratique, quand, à la fin du cours j’ai vécu un arrêt de mon dialogue interne, un silence dont j’ignorais l’existence, j’étais mordue.

Vingt-quatre ans plus tard, je me retrouve toujours sur mon tapis pour entretenir mon corps, lisser ma respiration et faire taire mon dialogue mental. D’où vient cette approche du Yoga et comment se trouve-t-elle dispersée dans le monde jusqu’à nous dans le sud­-ouest de la France ?

L’approche qui est pratiquée et enseignée au sein de l’Institut Français de Yoga doit ses origines au grand savant et érudit Sri Tirumalai Krishnamacharya. Né à Mysore dans le sud de l’Inde en 1888, son père lui enseigne le Yoga pendant son enfance et avant sa mort précoce, il lui conseille d’étudier les Yoga Sutra de Patanjali. En 1904 Krishnamacharya entre à l’Université où il étudie avec Babu Bhagvan Dos et obtient une licence en Yoga et Samkhya.
En 1911, Krishnamacharya part au Tibet où il approfondit sa pratique et son savoir auprès du grand Yogi Ramamohan Bramachari jusqu’en 1924 où il retourne en Inde, se marie et commence à enseigner sous le patronage du Maharaja de Mysore qui lui ouvre une école dans sa ville natale.

Krishnamacharya, pendant les décennies 1920 et 1930, a enseigné surtout un Yoga très dynamique et aux postures siksana, ou formes statiques traditionnelles non modifiées, aux jeunes hommes. Il animait des spectacles sur les places des marchés pour faire connaitre l’art du Yoga en voie de disparation sous l’occupation anglaise. Pendant cette période, il enseigne notamment à Pattabhi Jois et B.K.S. lyengar devenus à leur tour professeurs mondialement connus et à l’origine des approches Ashtanga Yoga et Yoga lyengar.

Appelé à travailler avec un public plus diversifié, dont les femmes, Krishnamacharya s’intéresse à rendre son enseignement du Yoga plus accessible. Il développe des façons d’adapter les postures et techniques de respirations et intègre Ujjayî, une technique de Pranayama, dans la pratique des postures, apportant plus de conscience et un aspect méditatif à l’exercice physique. Ainsi démarre l’évolution de la pratique que nous connaissons aujourd’hui.
En 1947, suite à l’indépendance de l’Inde, le patronage des Maharajah décline.
En 1953, Krishnamacharya part à soixante-cinq ans, accompagné de sa famille, pour Chennai, anciennement Madras. Il s’intéresse à l’Ayurveda et aux applications thérapeutiques du Yoga qu’il estime devoir enseigner à l’élève selon sa capacité au moment présent.
Krishnamacharya, Brahmane et dévot engagé de Vishnu enseigna le Yoga à ses enfants dont T.K.V. Desikachar.

Devenu ingénieur, Desikachar prit la décision d’abandonner son métier et de se consacrer à étudier auprès de son père à condition que Dieu ne soit pas un facteur obligatoire. »

Ann JOHNSTON, professeur IFY – 2023

TRANSMETTRE L’ENSEIGNEMENT DE T.K.V. DESIKACHAR.

« L’enseignement : T.K.V. Desikachar a été formé par son père, le grand maître indien Tirumalai Krishnamāchārya, auprès duquel il a vécu, jusqu’à la mort de ce dernier en 1989. Il s’est appuyé sur les dires de celui-ci : « ce n’est pas la personne qui doit s’adapter au yoga, mais le yoga qui doit être adapté à la personne. » C’est en prenant pour support le Voga Sutra de Patanjali, un des textes fondateurs du yoga que TKV Desikachar a pu suivre ce précepte et structurer son enseignement. Parmi les nombreuses pistes qu’offre le texte, en voici quelques-unes qui me semblent fondamentales.

Comment rendre cet enseignement vivant ?
C’est un sondage auprès de mes élèves, témoins de mon enseignement, qui me permet d’y répondre.
T.K.V. Desikachar nous a toujours poussé à respeqer notre culture. Cela nous rend le yoga, venu de si loin, plus proche et intégré à notre vie. ll nous questionnait souvent sur nos habitudes, ce que nous aimions, notre histoire, notre religion. En retour, il nous partageait la sienne. Chacun des stages que nous faisions chez lui était l’occasion de nous offrir des friandises, des petits cadeaux de son pays que nous gardions précieusement. Lui, en revanche, redistribuait ce qu’on lui offrait, aussi vite qu’il l’avait reçu ! Rester libre !!!
Tout ceci était l’occasion de partages, mais aussi de rires. Il aimait rire et nous faire rire. Je me souviens d’un chant de chez nous qu’il nous avait demandé et que nous devions lui mimer. Notre chorégraphie improvisée nous avait amenés à lui présenter notre derrière dans le final. .. nous étions fort gênés, mais lui riait ; il était aux anges !

N’a-t-il pas demandé un jour à notre professeur de maintenir en équilibre un porte manteau sur le bout de son nez ?
Notre professeur confiant s’était exécuté dans la bonne humeur. Nous étions ravis !
Par ses anecdotes personnelles, il se rendait« humain», comme tout un chacun finalement. Ses capacités, associées au respect que nous avions pour lui, pouvaient nous pousser à le hisser au rang de guru … li nous permettait ainsi de garder la juste distance, d’éviter la vénération inconditionnelle. li nous faisait en quelque sorte voyager avec lui. Sa famille faisait également partie de ses anecdotes. Chacun pouvait s’y retrouver dans son quotidien.
Lors d’une conférence qu’il donnait devant un nombreux public, il a fait asseoir sur ses genoux sa petite fille qui parcourait la salle à quatre pattes, et nous l’a présentée.
Combien d’orateurs feraient cela ?
Par ses histoires il nous rendait accessible des concepts parfois bien compliqués. Des schémas les complétaient bien souvent.
Ces qualités d’homme simple, joyeux, respectueux, curieux et sérieux, je m’efforce de les partager avec les élèves. En début de formation de professeurs, je leur demande de lire « yoga, éveil spirituel », compte-rendu de conférences données par T.K.V. Desokachar. En fin de formation, je leur offre un portrait de lui avec leur diplôme. Entre les deux … j’agrémente l’enseignement d’anecdotes le concernant.
Et puis, je garde en ligne de mire ce qu’était cet homme, sans pour autant vouloir lui ressembler. J’ai vu en lui un homme vrai, vivant. J’essaie d’être au plus près de son enseignement dans celui que je transmets. Je ressens que c’est cela qui m’amène doucement à m’approcher de ma vérité, permettant aux élèves de se rapprocher de la leur. »

Dominique ADDA, Formatrice IFY – 2023