L’article ci-dessous est extrait de la revue « Pas à pas » éditée par l’association régionale IFY Poitou-Charentes et reproduit avec l’aimable autorisation de celle-ci.
« Dans le Yoga Sūtra de Patañjali, le sūtra 11.48 nous indique que les fruits d’une pratique posturale à la fois stable et libre (les tensions non nécessaires ayant été éliminées) dans une attention totale aux perceptions (corps-souffle-esprit), devraient nous amener à ne plus être perturbés par les paires d’opposés.
Intéressons-nous d’abord à la façon dont les différentes polarités corporelles et énergétiques œuvrent dans la pratique. Toute posture de yoga nous confronte à des tensions opposées (haut/bas, droite/ gauche, avant/arrière, intérieur/extérieur) qui peuvent, si elles entrent en conflit, amener le pratiquant à une perte de repères dans les appuis et les directions, à une sensation d’inconfort, à un ressenti du souffle contraint et heurté. Stabilité et liberté seront alors remises en question.
Dans le cas contraire où la relation entre les opposés ne serait pas conflictuelle, une sensation de complétude pourra s’établir, les espaces intérieurs pourront s’ouvrir, le souffle pourra circuler librement. Stabilité et liberté pourront être vécues pleinement.
Si l’on considère la pratique posturale comme une expérience permettant d’ouvrir et de libérer l’espace intérieur, c’est dans cet espace sensible, disponible pour accueillir la « vie », que la confrontation entre les opposés aura sa résonance. Dans cet espace il sera possible de percevoir les opposés à l’œuvre, de comprendre la nature des polarités et c’est cette vision méditative qui pourra éliminer les tensions conflictuelles entre les situations contraires. D’autre part, si l’on se réfère à un espace, il est nécessaire de préciser les pôles qui le bornent. Dans la pratique, l’espace intérieur est essentiellement celui du tronc entre tête et bassin dans sa vision anatomique ou bien entre candra et mata dans sa vision énergétique. Les différentes théories énergétiques du yoga décrivent toutes un mouvement porté par le souffle qui se déploie sur cet axe. Pour ouvrir l’espace, il faut que les opposés (haut/bas, droite/gauche par exemple) puissent s’éloigner librement l’un de l’autre. Cet éloignement, cette ouverture ouvrira l’espace nécessaire au déploiement de la posture.
Pour prendre conscience du jeu des polarités dans la pratique, il faudra en même temps explorer chacun des éléments de la polarité et leur relation. Amener une attention très fine sur ces tensions opposées nous amènera à ajuster au mieux la posture pour qu’elle puisse s’établir librement dans sa juste tension.
Dans le prāṇāyāmā la polarité inspiration/ expiration ou prāṇā/apāna est à l’œuvre. Prāṇā nous ouvre au monde, crée des liens, nous nourrit. Apāna défait les liens problématiques, élimine ce qui n’a pas été assimilé. Ces deux énergies travaillent en synergie et se rencontrent dans le feu sūrya pour accomplir le prāṇāyāmā.
Attardons-nous sur la polarité intérieur/ extérieur qui est essentielle à mon sens dans la pratique posturale. Dans l’expérience des āsana, la conscience de l’espace intérieur, vivant, sensible, est porté par une forme en relation avec l’espace qui nous entoure. Cet espace intérieur, tracé par le mouvement du souffle, représente notre axe existentiel, celui de notre verticalité qui nous « tient debout », révélateur de ·notre posture dans notre confrontation à la vie. Cette dialectique axe/forme donne vie à la posture.
5 éléments symboliques fondamentaux dans la vision énergétique du yoga :
– candra, la lune (dans le haut du corps, à l’intérieur du crâne) nos potentialités.
– mūla, la racine (à l’opposé, liée au sacrum) : notre enracinement sürya le feu (entre les deux) : la digestion, la transformation, la combustion.
– sūrya, (entre le feu et la lune) : l’énergie qui relie, transporte et attise le feu.
– Prāṇā (dans le bas du corps) : l’énergie de l’élimination
Schéma et texte d’après Peter Hersnack, La chair vivante, Cahier de Présence d’Esprit n°3
André MESQUIDA, formateur IFY – 2023

