Cet article est extrait de la revue « Aperçus » éditée par l’association régionale IFY Yoga Tradition Évolution et reproduit avec l’aimable autorisation de celle-ci.
« Le yoga, par sa pratique, nous invite à plonger dans le présent. Cette descente est évoquée par le terme sanscrit « samâpatti ». Nous ne savons pas, à l’avance, ce que ce présent va nous dévoiler. Cela va se faire grâce à la présence à notre corps qui va permettre un dialogue entre les différentes polarités qui le constituent.
Par le souffle qui va éclairer et rendre disponibles des espaces à l’intérieur de notre corps.
Par le mental qui va se mettre au service de la perception et de l’action pour construire de nouvelles représentations de nous- même, des autres et du monde. Ce présent du yoga nous modifie en profondeur, couche après couche, du superficiel vers le centre.
Le premier des trois plans qui nous constituent, le bas et le haut du corps, le sacrum et la tête, est intimement lié à notre condition humaine, à notre bipédie.
Le sacrum est relié à la terre et nous inscrit dans ce qui nous fonde, ce sur quoi nous prenons appui, là d’où nous venons, notre histoire.
La tête est reliée au ciel et nous allonge vers notre devenir, là où nous allons, avec nos caractéristiques, notre personnalité, qu’il nous faut reconnaître, puis accepter pour trouver ce pour quoi nous sommes faits.
Si nous instaurons un dialogue constructif entre ces deux pôles, alors nous vivons un moment d’équilibre dont le fruit est d’être là, debout, aligné, fort des bagages apportés par notre passé et confiant envers notre avenir, notre projet de vie.
Le second plan, l’avant et l’arrière de notre corps nous place également dans la perception du temps.
L’avant est ce vers quoi nous allons que nous soyons immobiles ou en mouvement. L’arrière est ce que nous laissons, à quoi nous tournons le dos. Entre l’avant où nous nous projetons volontiers mais qui peut aussi être cause d’inquiétude et l’arrière, le passé qui peut nous pousser ou nous entraver, il y a le centre, l’axe vertical, l’instant savouré. La perception fine de notre « avant » permet la prise de conscience de notre dualité gauche droite. Ce couple d’opposés est notre balancier, il nous permet de marcher, en envoyant le pied droit et le bras gauche, les deux ceintures scapulaire et pelvienne entrent dans une relation dynamique d’ajustements que le pas suivant viendra renforcer.
Cette dynamique nous est donnée par la nature double qui nous caractérise. Elle n’est pas simple et nous sommes invités à rendre ces opposés complémentaires, chaque côté se nourrissant de la spécificité de l’autre. Lorsqu’ils coopèrent ensemble dans un même
mouvement, la force tranquille qui en découle nous pose dans la stabilité et la détente.
Le souffle, le prāna du yoga, est par définition ce qui est toujours nouveau, jamais réchauffé, mais frais comme la lumière du jour qui naît. Il est constitué d’expiration, d’inspiration et d’arrêt. Il est lié aux espaces du corps, au temps qui s’écoule, à la répétition des exercices respiratoires. Il peut être source de fragmentation ou d’unification selon la qualité de notre action sur ce champ. Si nous nous sommes entraînés longtemps, avec patience et humilité, cherchant à faire dialoguer ces différents aspects qui apparaissent contradictoires, notre souffle devient simple relation, dialogue et transcendance. Chaque respiration, unique, nous dépose dans un infini présent.
Le chemin le long de cette traversée, du grossier vers le subtil, des mots vers le silence, de la communication vers l’expérience indicible, est bien balisé par l’auteur du traité de yoga qui est notre référence, notre tuteur, le Yoga-sūtra de Patanjali.
Il a été expérimenté par nos maîtres et professeurs avant de nous être transmis.
Nous sommes nombreux à suivre ce chemin et cependant, il est unique pour chacun de nous et nous le suivons seul même si nous sommes accompagnés.
A nous, ensuite, de l’éprouver, l’assimiler, afin de le transmettre à notre tour. »
Sandra ERMENEUX, formatrice IFY – 2015

