Tel était le thème choisi par l’Association régionale IFY Poitou Charentes pour le week-end des 06 et 07 juin 2026 organisé sur la belle île de Ré. Une superbe salle, sous le soleil, plus de trente participants – élèves, élèves en formation et professeurs heureux de se retrouver ou de se rencontrer – et une « marraine » investie, Véronique François … pour penser à l’essentiel !
Dans une période agitée qui crée perte de repères ou de sens, manque de présence, impression de flou ou de confusion, il est parfois difficile de garder sa direction, son éthique, ses valeurs, de ne pas douter de soi, des autres, de l’avenir…
Comme toute démarche spirituelle, le yoga nous propose de revenir à l’ESSENTIEL.
Mais quelle est cette quête ? Le champ des possibles s’ouvrait, vaste, devant moi pour préparer ce week-end ! Valeurs humaines, dimension sacrée de la vie, relations aux autres, à l’Autre, compréhension de soi/Soi, lumière intérieure … ?
J’ai organisé celui-ci autour de 4 pratiques qui progressaient du plus apparent/grossier au plus subtil/profond et en tenant compte autant que possible de la diversité des personnes présentes.
La séance d’accueil – jointe à cet article – qui lançait le week-end et était orientée
principalement sur âsana / la discipline posturale, s’inspira du Yogasûtra IV.2 de Patañjali :
« Jâti-antara-parinâmah prakrti-âpûrât
La Nature du monde est le point de départ du changement »
Elle invite à la présence pour trouver stabilité et ancrage (kūrma / meru), à l’attention pour goûter à l’incarnation qui nous permet d’être au monde (prakŗti) et à la persévérance pour ne pas « lâcher » à la première occasion. Elle illustrait les quatre orientations du corps dans les postures – debout, couché (dos et ventre), inversé et assis – qui jouent un rôle important dans la structuration des pratiques et donnent une « couleur » à celles-ci ! Certaines postures moins connues ou plus exigeantes (le loquet, la table à 4 pieds) et les phases statiques nécessitaient de « s’écouter »pour chercher la juste mesure. Le dernier temps s’achevait par un questionnement personnel sur l’« ESSENTIEL du moment » pour chacun.
Le lendemain, toujours en lien avec les différentes pratiques, nous avons revisité les six actions ESSENTIELLES des principaux groupes posturaux : samasthiti (alignement de la colonne vertébrale), paścimatāna (flexion avant, effet de passage interne et allongement de la chaîne postérieure), pūrvatāna (allongement de la chaîne antérieure, redressement dorsal et déploiement de la zone du cœur / de la gorge), pārśva (activation latérale), parivṛtti (rotation / torsion des différents étages de la colonne vertébrale, massage interne), viparīta et mudrā (inversion et scellée énergétique).
Merci aux différents participants qui ont eu à cœur de tester, échanger et présenter ensuite leurs conclusions pour faire écho à la distinction fondamentale entre la forme des postures rûpa – ce qu’on nous vend souvent dans les Média comme l’objectif principal du yoga – et leur fonction artha qui est bien plus pertinente et utile aux pratiquants !
Samedi matin, lors du premier atelier, nous avons pu partager tous ensemble sur des notions ESSENTIELLES de notre discipline qui éclairent notre compréhension du monde, telles que la partition – prakŗti / nature manifestée et puruşa / conscience, âme – à la fois source de dualité et opportunité de se libérer… En tant qu’êtres vivants, nous sommes constamment partagés entre ces deux pôles, entre toutes les expériences du quotidien et notre quête de la source, de la lumière, de la sérénité en nous. Dissocier, discriminer… mais tout en gardant du lien… Souvenons-nous qu’une des étymologies de « yoga » est yuj / union et qu’un de ses objectifs est l’unité, la simplicité (au sens le plus positif) / eka en dépassant le jeu des trois constituants de la nature guŋa : activation / mobilité rajas, lourdeur / densité tamas et transparence / légèreté sattva.
La pratique méridienne à dominante prânâyâma / la discipline respiratoire et dhârana / la concentration introduisait un objectif ESSENTIEL du yoga, apaiser le mental :
« YS I, 1 Yogah-citta-vŗtti-nirodhah
YS I, 2 Tadâ draşţuh svarûpe avasthânam
YS I, 3 Vŗtti-sârûpyam-itaratra
YS II, 16 Heyam duhkham-anâgatam
Orienter notre mental, le clarifier, découvrir nos zones d’ombre, nous libérer des causes de souffrance, des conditionnements / samskâra et trouver ainsi plus de sérénité / praśânta.
Retourner vers l’ESSENTIEL au profit d’une présence, d’une action sattviques, de l’équilibre et de la santé. »
« YS IV.22 citerapratisankramâyâstadâkârâpattau svabuddhisamvedanam
YS IV.23 Drashtrdrshoparaktam cittam sarvârtham
Le mental, intermédiaire obligatoire pour connaître toute chose, peut connaître l’être intérieur en se réorientant et en s’apaisant. »
Un échange s’ensuivit au sujet des cinq activités du mental telles que définies par Patañjali:
« YS I, 5 Vŗttayah pancatayyah klişţa-aklişţâh
YS I, 6 Pramâna-viparyaya-vikalpa-nidrâ-smŗtayah
Celles-ci – connaissance juste, connaissance erronée, imagination, sommeil et mémoire – peuvent créer ou non de la souffrance. »
Pour répondre au questionnement de notre week-end, il m’a semblé intéressant d’aborder le modèle des quatre piliers de la vie : artha / sécurité matérielle, kâma / plaisirs, dharma / participation à l’équilibre du monde et mokşa / recherche de libération. Armelle, Claudine et Véronique (représentant leur Association Régionale) avaient d’ailleurs pensé à faire des repas partagés des moments de convivialité en offrant un bon apéritif au pineau de Charentes ! Cela ne nous a pas empêchés de pratiquer ou de réfléchir ensuite ! Ces différents piliers éclairent l’idée que l’ESSENTIEL n’est pas toujours le même selon les âges, les circonstances de la vie et les aspirations de chacun et qu’il ne faut pas occulter certaines dimensions de nos existences au risque de créer de la frustration, du découragement…
D’où l’importance du kriyâ yoga (cf. YS II, 1) pour tapas une pratique engagée et engageante nous apportant tonicité, souplesse, légèreté, santé ; pour svâdhyâya une étude sous toutes ses formes conduisant à une meilleure connaissance de soi et īśvara praŋidhana une bonne dose de confiance, de détente et de don ! La Bhagavad Gîtâ, célèbre traité de yoga, nous enjoint de suivre avec détachement notre mission personnelle / svadharma plutôt que celle d’un autre / paradharma.
En fin de journée, la troisième pratique à dominante nyâsa / les gestes et dhyâna / la méditation permettait de se poser. Essentiellement couchée et assise, elle proposait une exploration de supta baddhakonâsana et konâsana / postures du papillon). Elle servait aussi de transition pour le lendemain durant lequel nous avons abordé les sept étapes vers la sagesse.
Celles-ci démarrent par un réel souhait de changement, d’évolution souvent né d’une prise de conscience de la nécessité de sortir d’un mal-être, d’une souffrance physique ou psychique. Le yoga permet progressivement à la fois un « nettoyage » à tous niveaux et l’avènement d’un meilleur discernement conduisant à la clarté :
« YS II, 27 Tasya saptadhâ prânta bhûmih prajnâ
YS II, 28 Yogângânushthânât ashuddhikshaye jnânadîptih âvivekakhyâteh »
Encore faut-il choisir, parmi tous les outils proposés par le yoga, ceux qui seront ESSENTIELS, c’est-à-dire souhaitables et souhaités :
« YS III, 6 Tasya bhûmishu viniyogah
L’obtention de résultats passe par l’adaptation au pratiquant »
Le professeur est évidemment une aide précieuse pour définir les bonnes stratégies, mais c’est l’élève qui pratique.
La dernière séance rythmée par le chiffre 7 proposait à nouveau des nyâsa, une
pratique respiratoire de candra et sûrya bhedana, une progression vers samasamsţhânâsana (la posture de Vishnou) que je trouve très intéressante dans le cadre méditatif. Enfin, j’avais ajouté le chant des 7 mondes (Bhūḥ ; bhuvaḥ ; suvaḥ ; mahaḥ ; janaḥ ; tapaḥ ; satya) qui nous guidait vers l’élévation et la vérité, la sincérité.
Pour finir le week-end, nous avons abordé un enseignement ESSENTIEL, celui des huit membres du yoga et plus particulièrement les disciplines relationnelles citées en premier par Patañjali :
« YS II, 29 Yama-niyama-âsana-prânâyâma-pratyâhâra-dhâranâ-dhyâna-samâdhayah-ashtau-angâni »
N’est-il pas ESSENTIEL dans la démarche qui est la nôtre de réfléchir à notre relation aux autres et à nous-mêmes ? Un week-end tel que celui-ci constitue une très belle occasion de mettre en pratique toutes ces valeurs. Merci aux participants et aux organisatrices !
Elisabeth Remy, professeure et formatrice IFY
SEANCE 1 Dominante ÂSANA
Yogasûtra de Patanjali IV.2 jâti-antara-parinâmah


