La légende du souffle éternel

Après une pause régénérante, une nouvelle saison de yoga s’ouvre à nous. Que vous soyez débutant ou pratiquant confirmé, cette saison sera l’occasion idéale pour approfondir votre pratique, retrouver votre équilibre intérieur et partager des moments enrichissants. Cette belle aventure qu’est le yoga est un cadeau que l’on s’offre; un temps de reconnexion à soi. Pour débuter en douceur, voici une petite légende évoquant l’importance du souffle conscient dans sa pratique. Bonne lecture & bonne reprise à toutes et tous !

Il était une fois, dans un lointain royaume niché entre les montagnes et les nuages, un peuple qui vivait en harmonie avec la nature. Ce peuple, les Anahatas, était connu pour sa longévité et sa sérénité. On disait qu’ils connaissaient le secret du temps lui-même. Au cœur de leur savoir, se trouvait un art ancestral : le Prânâyama ou la science du souffle conscient.

Chaque jour, au lever et au coucher du soleil, les Anahatas pratiquaient ce yoga du souffle, que leurs aïeuls nommaient le Souffle du Monde. La partie sacrée de leur enseignement résidait dans la pratique des rétentions : Antar Kumbhaka (rétention poumons pleins) et Bahya Kumbhaka (rétention poumons vides). Voici leur légende.

Le Maître du Vent et la Fille de la Terre

En des temps anciens, un jeune garçon nommé Vayu, avait le don d’écouter le vent. Il en comprenait les murmures, les silences et les chants invisibles. Vayu rêvait même de voler, de dépasser les cieux, de devenir lui-même le vent.

Un jour, alors qu’il méditait au bord d’un lac, il rencontra une jeune fille nommée Prithvi. Elle était calme, posée, parlait peu et semblait incarner la sagesse de la terre et le silence des profondeurs. Quand elle marchait, les fleurs s’inclinaient devant elle.

Vayu, admiratif et fougueux, demanda à Prithvi :
— Dis-moi ton secret. Pourquoi es-tu si paisible alors que le monde ne cesse de courir ?

Prithvi sourit et dit :
— Toi, tu poursuis le souffle. Moi, je l’écoute. Tu veux le dompter. Moi, je l’accueille. Regarde autour de toi, ajouta -t-elle. Entends-tu mauna , le silence ? Ce n’est pas le vent qui chante ici, mais l’espace entre ses souffles. Ce sont les pauses qui permettent d’entendre l’écho du monde. Suis-moi et je t’enseignerai.

Intrigué, Vayu la suivit dans une grotte au milieu de la forêt où les Anahatas venaient méditer. Là, Prithvi lui expliqua les trois étapes sacrées du souffle :

Puraka, l’inspiration — le moment où Prâna, le souffle vital entre en soi.

Antar Kumbhaka, la rétention poumons pleins — on retient Prâna pour le faire vibrer dans tout le corps.

Rechaka, l’expiration — le moment où l’on rend Prâna au monde.

Bahya Kumbhaka, la rétention à vide — le silence devient infini et l’ego disparaît.

Prithvi expliqua :
— Quand tu inspires consciemment, tu accueilles le monde. Quand tu retiens l’air, tu t’unis à l’univers. Quand tu expires, tu te libères; tu donnes. Et quand tu restes sans souffle…tu acceptes le manque, tu gagnes en envergure.

Vayu, dubitatif, tenta la pratique. Chaque jour, il s’exerça au souffle conscient, à retenir son souffle — d’abord à poumons pleins, découvrant une chaleur intérieure, une paix nouvelle ; puis à poumons vides, se sentant devenir vaste comme le ciel nocturne. Grâce à sa persévérance, le temps sembla se ralentir. Ses pensées s’apaisèrent et le mental se tut : dans ce silence entre deux souffles… il entendit enfin le chant de l’univers.

L’Héritage des Anahatas

Il se dit que Vayu devint un grand maître capable de rester en rétention durant des heures, son cœur battant au rythme de la Terre et du Ciel. A son tour, il enseigna que la vie est mouvement et changement, à l’instar des marées ou des lunaisons et que dans chaque souffle conscient, se trouve un portail vers l’éternité, Ananta.

Depuis ce jour, les yogis qui suivent la voie du souffle conscient, honorent la respiration comme un trésor sacré, car entre une inspiration et une expiration, dans la pause silencieuse du souffle, se cache la vérité que les mots ne peuvent dire.

Et quand un yogi atteint cette maîtrise, on dit qu’il ne fait qu’Un avec le Souffle du Monde.

Moralité :
Le souffle n’est pas seulement le signe de la vie. Il est un lien entre le corps et l’esprit. Qui apprend à respirer pleinement, consciemment et à rester dans le silence entre deux souffles, entre en contact avec l’infini. Le souffle nous porte ; les pauses nous élèvent.

« Si on ne réunifie pas le corps, le souffle et l’esprit, il est difficile de prétendre que notre pratique corresponde à la définition du yoga, même si la prise de la posture est belle et même si le corps est flexible » ; TKV Desikachar

Hélène P.

Ouvrages: Prânâyama, A.Van Lysebeth – Le souffle, énergie du yoga, B.Tatzky – Yoga et santé énergétique, M.Alibert – Yoga sutra de Patanjali, F.Moors – Spirothérapie, S.Ganes