{"id":598,"date":"2023-08-15T10:00:00","date_gmt":"2023-08-15T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ify.fr\/ile-de-france\/?post_type=actualite&#038;p=598"},"modified":"2023-08-16T09:26:09","modified_gmt":"2023-08-16T07:26:09","slug":"parcourir-le-yoga-sutra-avec-les-mots-de-prevert-2","status":"publish","type":"actualite","link":"https:\/\/www.ify.fr\/ile-de-france\/actualite\/parcourir-le-yoga-sutra-avec-les-mots-de-prevert-2\/","title":{"rendered":"Parcourir le Yoga-s\u00fbtra avec les mots de Pr\u00e9vert"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Par Fran\u00e7ois Marm\u00e8che, professeur IFY<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 id=\"ce-que-me-dit-le-titre-pour-faire-le-portrait-d-un-oiseau-jacques-prevert-1945\">Ce que me dit le titre&nbsp;: <strong><em>\u00ab&nbsp;Pour faire le portrait d\u2019un oiseau&nbsp;\u00bb, <\/em>Jacques Pr\u00e9vert (1945)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns\">\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<figure class=\"wp-block-image size-medium\"><img loading=\"lazy\" width=\"225\" height=\"300\" src=\"https:\/\/www.ify.fr\/ile-de-france\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2023\/08\/\u00a9Catherine_VAUTIER-PEANNE_RVB_72dpi-351-225x300.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-601\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p>Pata\u00f1jali et Pr\u00e9vert&#8230; une rencontre improbable entre un personnage largement mythique qui aurait \u00e9crit ce texte fondateur du yoga qu\u2019est le <em>Yoga-s\u00fbtra<\/em> il y a plus de 2000 ans, et un po\u00e8te r\u00e9solument engag\u00e9 du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, entre un possible asc\u00e8te probablement mystique, et un libertaire qui a pass\u00e9 sa vie aux c\u00f4t\u00e9s des plus humbles, pendant le Front populaire, la guerre d\u2019Espagne, la lutte anti-nazie des ann\u00e9es 1940-1945&nbsp;; entre le cr\u00e9ateur d\u2019aphorismes dont l\u2019\u00e9tude patiente et ardue doit donner sens \u00e0 notre pratique yogique, et l\u2019orf\u00e8vre des mots simples qui a cr\u00e9\u00e9 une po\u00e9sie si populaire qu\u2019elle semble \u00e9clater d\u2019\u00e9vidence.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais justement, on va le voir en parcourant ce po\u00e8me \u00e9crit \u00e0 la Lib\u00e9ration, il n\u2019est pas si clair qu\u2019il en a l\u2019air, et j\u2019y ai trouv\u00e9 une d\u00e9marche qui entre en r\u00e9sonnance avec des th\u00e8mes fondamentaux du <em>Yoga-S\u00fbtra<\/em>, et qui m\u2019a aid\u00e9 \u00e0 dire le chemin sur lequel, depuis tant d\u2019ann\u00e9es, je chemine.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, j\u2019ai eu envie de partager cette d\u00e9couverte, pas \u00e0 pas, mot \u00e0 mot, avec le plus de rigueur possible, mais en m\u00eame temps en laissant \u00e7\u00e0 et l\u00e0 des trous noirs, des impr\u00e9cisions qui restent des points d\u2019appel, d\u2019interpellation, pour continuer l\u2019\u00e9tude et le chemin.<\/p>\n\n\n\n<p>Le po\u00e8me, qui seul au bout du compte doit rester en m\u00e9moire apr\u00e8s ce commentaire, pourra \u00eatre \u00e9cout\u00e9 dans l\u2019enregistrement r\u00e9alis\u00e9 par Sylvie soit en pr\u00e9lude, soit en conclusion de cette \u00e9tude.&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns\">\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<h4 class=\"has-typo-color has-text-color\" id=\"pour\" style=\"font-size:24px;text-transform:capitalize\"><strong>\u00ab&nbsp;<em>Pour&#8230;&nbsp;<\/em>\u00bb<\/strong><\/h4>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p>Avant tout, il faut une intention, mais pas forc\u00e9ment un but trop pr\u00e9cis&nbsp;; une intention, qui donne une orientation \u00e0 la premi\u00e8re inspiration, \u00e0 la premi\u00e8re aspiration, \u00e0 la premi\u00e8re expiration, au premier geste. Lorsque j\u2019\u00e9l\u00e8ve un bras, je ne me contente pas d\u2019\u00e9lever le bras&nbsp;: mon inspiration \u00e9l\u00e8ve le bras dont je reste conscient de la racine de l\u2019\u00e9paule (et parfois plus bas&nbsp;: des reins) jusqu\u2019au bout des doigts, mais plus encore&nbsp;: j\u2019\u00e9l\u00e8ve le bras pour emplir de conscience tout ce bras, tout ce corps, avec curiosit\u00e9 et esprit d\u2019ouverture&nbsp;; ce bras, auquel je suis intimement li\u00e9, en m\u00eame temps qu\u2019il s\u2019\u00e9l\u00e8ve s\u2019\u00e9carte de moi qui le regarde s\u2019\u00e9lever&nbsp;; c\u2019est comme un \u00eatre ind\u00e9pendant de moi dont je d\u00e9couvre la lourdeur, l\u2019\u00e9quilibrage incessant, la sensibilit\u00e9 dans le contact avec l\u2019air ou les v\u00eatements, \u00e9ventuellement la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 lorsqu\u2019il trouve son \u00e9quilibre \u00e0 la verticale approximative qui n\u2019est pas celle de la g\u00e9om\u00e9trie, mais celle de mon corps&nbsp;; ce bras est \u00e0 distance&nbsp;; je l\u2019\u00e9l\u00e8ve pour le d\u00e9couvrir, \u00e0 la fois \u00e9tranger \u00e0 moi et si familier pourtant&nbsp;! mais il n\u2019a soudain plus rien \u00e0 voir avec ce bras qui machinalement s\u2019\u00e9levait pour attraper un objet sur une \u00e9tag\u00e8re, ou pour me faciliter les choses lorsque je quittai mon tee-shirt. Voici soudainement un bras presque inconnu, \u00e0 d\u00e9couvrir.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns\">\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<h4 class=\"has-typo-color has-text-color\" id=\"faire-le-portrait\" style=\"text-transform:lowercase\"><strong>&nbsp;\u00ab&nbsp;&#8230; <em>faire le portrait&#8230;&nbsp;<\/em>\u00bb<\/strong><\/h4>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p>\u00c7a n\u2019est pas rien&nbsp;! me voici peintre, artiste, cr\u00e9ateur, po\u00e8te&nbsp;! en grec, ce mot \u00ab&nbsp;po\u00e8te&nbsp;\u00bb d\u00e9signe celui qui fait, qui fa\u00e7onne (entre autres le langage), qui fabrique. Me voici \u00e9lev\u00e9 au-del\u00e0 de moi-m\u00eame, ailleurs que dans mon petit moi ordinaire&nbsp;! Mais comment faire&nbsp;? je suis secr\u00e9taire, employ\u00e9(e), infirmier(\u00e8re), ing\u00e9nieur&nbsp;: je ne sais pas peindre, moi&nbsp;! je ne sais pas bouger, ni respirer&nbsp;! il faut partir de l\u00e0, toujours&nbsp;: je suis un ignorant, je vais dans l\u2019inconnu, aspir\u00e9 par une beaut\u00e9 que je pressens mais ne sens pas encore&nbsp;; et justement, Pr\u00e9vert semble me proposer une recette de peinture&nbsp;; comme mon instructeur de yoga qui me dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;je vais t\u2019apprendre \u00e0 lever le bras&nbsp;: l\u00e8ve-le en inspirant, abaisse-le en expirant&nbsp;\u00bb&nbsp;; un peu simple, la recette&nbsp;?&#8230; Mais \u00e7a vaut la peine d\u2019essayer, pour voir comment \u00e7a fonctionne, tout simplement&#8230; on verra plus tard \u00e0 devenir un peintre plus ou moins grand, un yogi plus ou moins accompli&#8230; La page est blanche devant moi.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns\">\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<h4 class=\"has-typo-color has-text-color\" id=\"d-un-oiseau\" style=\"text-transform:lowercase\"><strong>\u00ab&nbsp;&#8230;<em>d\u2019un oiseau&nbsp;<\/em>\u00bb<\/strong><\/h4>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p>Tout de suite je me mets \u00e0 gamberger&nbsp;: chant, beaut\u00e9, envol, libert\u00e9&#8230; que sais-je&nbsp;? Oui, tout \u00e7a&nbsp;; mais le po\u00e8te est astucieux, il reste dans le vague des mots abstraits, pour que je puisse mieux remplir ce cadre pour l\u2019instant vide par l\u2019oiseau de mon choix du moment, peut-\u00eatre un moineau, un rossignol, une hirondelle, ou un aigle royal&#8230; \u00e0 mon choix&nbsp;!&nbsp;; le po\u00e8te ne dira rien&nbsp;; nous sommes tous de dr\u00f4les d\u2019oiseaux, mais nous r\u00eavons chacun de voler \u00e0 notre fa\u00e7on. Le second <em>yoga-s\u00fbtra<\/em> nous dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;le yoga (l\u2019oiseau&nbsp;?), c\u2019est la ma\u00eetrise (cessation&nbsp;?) des fluctuations de l\u2019esprit&nbsp;\u00bb&nbsp;; plus loin, d\u2019aphorisme en aphorisme, le but sans cesse se red\u00e9finira par des mots diff\u00e9rents&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>sam\u00e2dhi<\/em>&nbsp;\u00bb (recueillement&nbsp;?), \u00ab&nbsp;<em>samapatti<\/em>&nbsp;\u00bb (ajustement&nbsp;?), <em>kaivalya<\/em> (isolation&nbsp;? libert\u00e9&nbsp;? tiens&nbsp;? encore elle&nbsp;?). Et tout cela reste abstrait, pour les ignorants que nous sommes&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Bon&nbsp;! d\u2019accord&nbsp;! Mais lan\u00e7ons-nous&nbsp;: lisons la recette du professeur ou du po\u00e8te&nbsp;!<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns\">\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<h4 class=\"has-typo-color has-text-color\" id=\"peindre-d-abord-une-cage-avec-une-porte-ouverte\" style=\"text-transform:lowercase\"><strong><em>\u00ab&nbsp;Peindre d\u2019abord une cage<\/em><\/strong><br><strong><em>avec une porte ouverte&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/h4>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p>Une cage&nbsp;! Mais c\u2019est monstrueux&nbsp;! une cage, des barreaux, une prison&nbsp;! des r\u00e8gles, oui\u2026 au d\u00e9but apparemment tr\u00e8s simples, puis de plus en plus exigeantes&nbsp;: \u00e9quilibrer le poids du corps sur les 2 pieds, harmoniser geste et respiration, fluidifier&#8230; amener la conscience dans la paume des mains, voire, pourquoi pas, respirer par la plante des pieds (\u00e0 ce point, on con\u00e7oit qu\u2019il vaut mieux ne pas prendre les mots \u00e0 la lettre, et sourire&nbsp;!). D\u00e8s que je crois avoir \u00ab&nbsp;bien&nbsp;\u00bb fait, \u00ab&nbsp;bien&nbsp;\u00bb appliqu\u00e9 la r\u00e8gle qu\u2019on me demandait d\u2019appliquer, voici que l\u2019instructeur va en poser une nouvelle&nbsp;: application du <em>yoga-s\u00fbtra<\/em> II-47&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e0 la fois l\u2019effort pers\u00e9v\u00e9rant et paisible, et la m\u00e9ditation sur l\u2019infini&nbsp;\u00bb&nbsp;; une r\u00e8gle s\u2019ajoute \u00e0 l\u2019autre, un barreau \u00e0 l\u2019autre, et quand on aura fait \u2013 ou cru faire \u2013 le tour de la cage, on retrouvera sans cesse les m\u00eames barreaux&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Heureusement, dit le po\u00e8te, <em>\u00ab&nbsp;avec une porte ouverte&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>! \u00e7a, c\u2019est g\u00e9nial&nbsp;: une cage soigneusement construite, qui est en m\u00eame temps une n\u00e9gation de la cage&nbsp;! Des r\u00e8gles qui sans cesse s\u2019accumulent et se renouvellent, mais qui me laissent toujours la possibilit\u00e9 d\u2019entrer ou de sortir, de les adopter ou de les oublier, et peut-\u00eatre de constater l\u2019effet produit sur l\u2019oiseau (mais qui est-il&nbsp;?), d\u2019avoir saisi du bec et du bout des pattes les barreaux les uns apr\u00e8s les autres, pour ensuite aller faire un petit tour d\u2019envol dans la for\u00eat ou dans les pr\u00e9s. Si la porte est toujours ouverte, c\u2019est qu\u2019en fait il n\u2019y a pas plus de porte que de cage v\u00e9ritable&nbsp;! L\u2019illusion de l\u2019enfermement doit me permettre de mieux appr\u00e9cier le vol, l\u2019envol vers l\u2019infinit\u00e9 du ciel. Et puis, \u00e0 la limite, pourquoi resterait-il un instructeur ext\u00e9rieur \u00e0 moi-m\u00eame&nbsp;? pourquoi ne serais-je pas moi-m\u00eame le peintre des barreaux de la cage, en m\u2019inventant des r\u00e8gles qui me permettent de mieux m\u2019envoler&nbsp;? \u00e0 la fois l\u2019oiseau, et le peintre&nbsp;? La recette de Pr\u00e9vert, elle est pour moi&nbsp;: c\u2019est \u00e0 moi de peindre les barreaux de cette \u00ab&nbsp;non-cage&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns\">\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<h4 class=\"has-typo-color has-text-color\" id=\"peindre-ensuite-quelque-chose-de-joli-quelque-chose-de-simple-quelque-chose-de-beau\" style=\"text-transform:lowercase\"><strong><em>\u00ab&nbsp;peindre ensuite<\/em><\/strong><br><strong><em>quelque chose de joli<\/em><\/strong><br><strong><em>quelque chose de simpl<\/em><\/strong>e<br><strong><em>Quelque chose de beau&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><br><\/h4>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p>Dans ces quatre vers, on touche au c\u0153ur de l\u2019asc\u00e8se (oh&nbsp;! n\u2019ayez pas peur&nbsp;: \u00ab&nbsp;asc\u00e8se&nbsp;\u00bb en grec ne signifie que \u00ab&nbsp;pratique&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;entra\u00eenement&nbsp;\u00bb) yogique. Quoi que je peigne, quoi que je cr\u00e9e comme ustensile sur la toile qui pr\u00e9pare \u00e0 l\u2019envol, ce doit \u00eatre joli, simple, beau. A quoi sert de chercher des contorsions impossibles et des manipulations sophistiqu\u00e9es&nbsp;? \u00ab&nbsp;joli&#8230; simple&#8230; beau&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;: ces mots me ram\u00e8nent \u00e0 ma subjectivit\u00e9&nbsp;; il faut que je sois en harmonie avec ce que je peins&nbsp;; cette non-cage, ce s\u00e9jour d\u2019\u00e9tape libre doivent me plaire (<em>s\u00fbtra<\/em> I-39&nbsp;: choisir ce qu\u2019on d\u00e9sire \u2013 <em>abhimata<\/em> -). Oui, mais aussi\u2026<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns\">\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<h4 class=\"has-typo-color has-text-color\" id=\"quelque-chose-d-utile-pour-l-oiseau\" style=\"text-transform:lowercase\"><strong><em>\u00ab&nbsp;quelque chose d\u2019utile<\/em><\/strong><br><strong><em>&nbsp;pour l\u2019oiseau&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/h4>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p>Ne pas perdre de vue l\u2019objectif pratique&nbsp;: \u00ab&nbsp;utile pour l\u2019oiseau&nbsp;\u00bb&nbsp;; et au point o\u00f9 j\u2019en suis de ma lecture du po\u00e8me, je dois bien m\u2019avouer que je suis en m\u00eame temps le peintre, dans le moment pr\u00e9sent, et puis aussi un peu l\u2019oiseau, qui n\u2019est pas encore l\u00e0, mais dont je veux faire le portrait, alors que je ne le vois pas encore. Il faut \u00e0 pr\u00e9sent que je le pressente suffisamment pour, dans la beaut\u00e9 et simplicit\u00e9 de ma pratique, ne faire que ce qui pourrait lui \u00eatre utile. Je suis comme aimant\u00e9 par son absence qui me permet d\u2019\u00e9laguer les fioritures, qui pourraient \u00ab&nbsp;me&nbsp;\u00bb plaire, \u00e0 moi, en tant que peintre, mais qui pourraient d\u00e9courager l\u2019oiseau d\u2019advenir. Trouver l\u2019essentiel peu \u00e0 peu.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns\">\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<h4 class=\"has-typo-color has-text-color\" id=\"placer-ensuite-la-toile-contre-un-arbre-dans-un-jardin-dans-un-bois-ou-dans-une-foret\" style=\"text-transform:lowercase\"><strong><em>\u00ab&nbsp;placer ensuite la toile <\/em><\/strong><strong><em>contre un arbre<\/em><\/strong><br><strong><em>dans un jardin<\/em><\/strong><br><em>d<\/em><strong><em>ans un bois<\/em><\/strong><br>ou <strong><em>dans une for\u00eat&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/h4>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p>\u00ab&nbsp;Arbre&#8230; jardin&#8230; bois&#8230; for\u00eat&nbsp;\u00bb&nbsp;: voici \u00e9voqu\u00e9 un univers auquel certes je participe, mais qui n\u2019est pas mon lieu habituel d\u2019existence. Je dois chercher une zone fronti\u00e8re, dans laquelle l\u2019arbre servira d\u2019appeau, d\u2019aire d\u2019atterrissage pour l\u2019oiseau. Je ne suis plus peintre, ni po\u00e8te&nbsp;: je deviens randonneur, ma toile sous le bras&nbsp;; j\u2019ai peint ma cage, j\u2019ai \u00e9tabli ma pratique, il me faut maintenant d\u00e9couvrir un territoire propice. Sans cesse, je confronte ma pratique (la toile) au monde r\u00e9el (les lieux de la nature, en l\u2019occurrence), pour d\u00e9couvrir o\u00f9 l\u2019artifice (ce que j\u2019ai fabriqu\u00e9) peut s\u2019harmoniser parfaitement avec le naturel ou le r\u00e9el. Je n\u2019ai pas fabriqu\u00e9 une non-cage pour l\u2019accrocher sur les murs du salon, non&nbsp;! il faut que je fasse le portrait de l\u2019oiseau, et pour cela, qu\u2019il advienne afin que je le voie, dans la vraie vie, l\u00e0-bas, dehors. Pour l\u2019instant, je le pr\u00e9-vois plus que je ne le vois. Je pratique dans ma chambre, mais \u00e0 quoi cela pourrait-il servir (\u00eatre \u00ab&nbsp;utile&nbsp;\u00bb) si je ne pouvais plus \u00e9pouser le monde ext\u00e9rieur, le boulot, les soucis&nbsp;? Je trimballe dans ma peau les effets de mes pratiques yogiques, reste \u00e0 savoir o\u00f9 les afficher pour qu\u2019elles se fondent dans le d\u00e9cor de la vie quotidienne. \u00c7a aussi, c\u2019est un sacr\u00e9 challenge&nbsp;: \u00ab&nbsp;les afficher pour qu\u2019elles se fondent&#8230;&nbsp;\u00bb, m\u2019afficher en tant que yogi sans que personne s\u2019en aper\u00e7oive, peut-\u00eatre, sauf l\u2019oiseau&#8230;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns\">\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<h4 class=\"has-typo-color has-text-color\" id=\"se-cacher-derriere-l-arbre-sans-rien-dire-sans-bouger\" style=\"text-transform:lowercase\"><strong><em>\u00ab&nbsp;se cacher derri\u00e8re l\u2019arbre<\/em><\/strong><br><strong><em>sans rien dire<\/em><\/strong><br><em>sans <strong> <\/strong><\/em><strong><em>bouger&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em><\/strong><\/h4>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p>Je ne suis plus ni peintre, ni po\u00e8te, ni randonneur, ni yogi patent\u00e9&nbsp;: je me cache, je m\u2019efface&nbsp;; il ne faut pas qu\u2019on me voie&nbsp;; je n\u2019\u00e9mets plus aucun signe, aucun mot, aucun mouvement. Mais encore une fois, je ne me cache pas pour me cacher, mais pour voir (<em>s\u00fbtra<\/em> I-3&nbsp;: \u00ab&nbsp;alors \u2013 [lorsqu\u2019il n\u2019y a plus de mouvements de l\u2019esprit] l\u2019observateur s\u2019\u00e9tablit&#8230;&nbsp;\u00bb)&nbsp;; c\u2019est dur de se cacher vraiment tout en restant t\u00e9moin de tout ce qui se passe. La personnalit\u00e9 que je me suis forg\u00e9e gr\u00e2ce aux r\u00e8gles du yoga m\u2019aide \u00e0 endosser cette nouvelle fonction&nbsp;: apparemment, ne plus rien faire, se fondre dans le d\u00e9cor, mais concentrer toute son activit\u00e9 dans le regard, sans savoir encore ce qu\u2019on va voir. Le regard ouvert, sans rien fixer, de peur que l\u2019important, qui se situe toujours l\u00e0 o\u00f9 on n\u2019a pas pens\u00e9 regarder, nous \u00e9chappe. Regard attentif, sans tension. Ouverture totale. Accueil de l\u2019inconnu, de l\u2019inou\u00ef.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns\">\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<h4 class=\"has-typo-color has-text-color\" id=\"parfois-l-oiseau-arrive-vite-mais-il-peut-aussi-mettre-de-longues-annees-avant-de-se-decider\" style=\"text-transform:lowercase\"><strong><em>\u00ab&nbsp;Parfois l\u2019oiseau arrive vite<\/em><\/strong><br><strong><em>mais il peut aussi mettre de longues<\/em><\/strong><em> ann\u00e9es<\/em><br>ava<strong><em>nt de se d\u00e9cider&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/h4>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p>\u00ab&nbsp;Je&nbsp;\u00bb n\u2019ai plus \u00e0 d\u00e9cider de rien&nbsp;; c\u2019est \u00ab&nbsp;lui&nbsp;\u00bb qui \u00ab&nbsp;se&nbsp;\u00bb d\u00e9cide&nbsp;; le temps se disloque, n\u2019a plus rien \u00e0 voir avec notre temps social ordinaire, r\u00e9gi par l\u2019organisation de toute vie en fonction d\u2019une rentabilit\u00e9 imm\u00e9diate&nbsp;; j\u2019ai fait tout ce que j\u2019avais \u00e0 faire (cage, barreaux, porte ouverte, recherche du lieu propice)&nbsp;; rien ne d\u00e9pend plus de moi&#8230;&nbsp; J\u2019ai pratiqu\u00e9 du mieux que j\u2019ai pu quelques postures, et je suis en <em>shav\u00e2sana<\/em>, ou en posture assise de m\u00e9ditation, me concentrant compl\u00e8tement sur l\u2019immobilit\u00e9 du corps et de l\u2019esprit, avec un flux ininterrompu de conscience. J\u2019aborde <em>samyama<\/em> (<em>YS<\/em>, III-1 \u00e0 12). Instant de stabilit\u00e9 apr\u00e8s instant de stabilit\u00e9 (<em>ksana,<\/em> <em>YS<\/em>, III-9), se construit une nouvelle perception du temps en moi, un temps qui n\u2019a ni d\u00e9but ni terme, un temps dont je ne sais plus \u00e0 quel moment se produit un commencement ou une fin. Et un temps que j\u2019ai le temps d\u2019observer, puisque je n\u2019ai rien d\u2019autre \u00e0 faire qu\u2019attendre.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns\">\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<h4 class=\"has-typo-color has-text-color\" id=\"ne-pas-se-decourager-attendre-attendre-s-il-le-faut-pendant-des-annees-la-vitesse-ou-la-lenteur-de-l-arrivee-de-l-oiseau-n-ayant-aucun-rapport-avec-la-reussite-du-tableau\" style=\"text-transform:lowercase\"><strong><em>\u00ab&nbsp;Ne pas se d\u00e9courager<\/em><\/strong><br><strong><em>attendre<\/em><\/strong><br><strong><em>attendre s\u2019il le faut pendant des ann\u00e9es&nbsp;<\/em><\/strong><br><strong><em>la vitesse ou la lenteur de l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019oiseau&nbsp;<\/em><\/strong><br><strong><em>n\u2019ayant aucun rapport<\/em><\/strong><br><strong><em>avec la r\u00e9ussite du tableau&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/h4>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p><em>\u00ab&nbsp;attendre, attendre s\u2019il le faut pendant des ann\u00e9es&nbsp;\u00bb<\/em>. \u00ab&nbsp;S\u2019il le faut&nbsp;\u00bb&nbsp;: voil\u00e0 qui signale le danger de toute m\u00e9ditation \u00e0 mon avis, de toute pratique durant la vie enti\u00e8re des m\u00eames postures, de cet enfermement volontaire de l\u2019apprenti yogi dans une pratique si possible quotidienne&nbsp;; le danger de la routine, de l\u2019oubli de l\u2019objectif (l\u2019oiseau), du naufrage dans les habitudes.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Ne pas se d\u00e9courager&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>: c\u2019est le moment de ne pas oublier <em>v\u00eerya<\/em>, cette \u00e9nergie indispensable mentionn\u00e9e d\u00e8s le premier chapitre du <em>Yoga-s\u00fbtra<\/em> (<em>YS<\/em>, I-20) et qui vient d\u2019une foi (<em>shraddh\u00e2<\/em>) in\u00e9branlable, d\u2019un optimisme profond\u00e9ment ancr\u00e9 m\u00eame si rien de pr\u00e9cis ne peut le justifier, un optimisme qui n\u2019a rien de b\u00e9at, mais qui est une attitude d\u2019accueil vis-\u00e0-vis de tout ce qui peut advenir, peut-\u00eatre la certitude que l\u2019oiseau viendra, mais assur\u00e9ment la conviction, m\u00eame s\u2019il ne venait pas, que cette attente exigeante vaut tout de m\u00eame la peine d\u2019\u00eatre v\u00e9cue.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;aucun rapport avec la r\u00e9ussite du tableau&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>: la r\u00e9ussite intime est sans rapport avec ce que tout le monde en voit&nbsp;; dans la vie ordinaire, on peut dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;alors, \u00e7a vient&nbsp;?!&nbsp;alors, \u00e7a marche&nbsp;?!&nbsp;\u00bb&nbsp;; mais l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019oiseau, le fait que la conscience t\u00e9moin s\u2019\u00e9tablisse en moi (<em>YS<\/em>, I-3) n\u2019est plus de l\u2019ordre de la r\u00e9ussite ou de l\u2019\u00e9chec&nbsp;; il faut sans doute se persuader que dans l\u2019attente de l\u2019oiseau, l\u2019oiseau est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, et que dans mon d\u00e9sir de l\u2019oiseau, qui n\u2019a plus rien \u00e0 voir avec mes d\u00e9sirs habituels, je suis d\u00e9j\u00e0 oiseau&#8230;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns\">\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<h4 class=\"has-typo-color has-text-color\" id=\"quand-l-oiseau-arrive-s-il-arrive-observer-le-plus-profond-silence\" style=\"text-transform:lowercase\"><strong><em>\u00ab&nbsp;Quand l\u2019oiseau arrive&nbsp;<\/em><\/strong><br><strong><em>s\u2019il arrive<\/em><\/strong><br><strong><em>observer le plus profond silence&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/h4>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p>Apr\u00e8s une si longue attente, on pourrait croire que le po\u00e8te nous convierait \u00e0 exulter, \u00e0 sauter de joie&nbsp;: eh bien non, il nous convie \u00e0 nous taire, \u00e0 ne rien d\u00e9ranger, \u00e0 ne surtout pas bouger. Le bonheur du but presque atteint, de la posture presque totalement ajust\u00e9e \u00e0 ce que nous sommes au moment pr\u00e9sent, ne doit pas nous faire fr\u00e9mir d\u2019un poil. Le moindre mouvement de l\u2019esprit ou du corps, le moindre d\u00e9sir volontaire d\u2019attraper l\u2019oiseau pourtant si proche annihilerait toute l\u2019entreprise. Non-violence, ne pas s\u2019agripper et ne pas agripper, fonder donc notre confiance et notre immobilit\u00e9 sur les observances (<em>yama<\/em>) \u00e9nonc\u00e9es dans le <em>YS<\/em>, II-30.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns\">\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<h4 class=\"has-typo-color has-text-color\" id=\"attendre-que-l-oiseau-entre-dans-la-cage-et-quand-il-est-entre-fermer-doucement-la-porte-avec-le-pinceau\" style=\"text-transform:lowercase\"><strong><em>\u00ab&nbsp;attendre que l\u2019oiseau entre dans la cage<\/em><\/strong><br><strong><em>et quand il est entr\u00e9<\/em><\/strong><br><strong><em>fermer doucement la porte avec le pinceau&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/h4>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p>&#8230; ou plut\u00f4t, continuer notre pratique visant \u00e0 installer en nous le \u00ab&nbsp;t\u00e9moin&nbsp;\u00bb, \u00e0 installer l\u2019oiseau comme un h\u00f4te dans la cage de la pratique&nbsp;: c\u2019est cela, pour l\u2019heure, que signifie pour moi \u00ab&nbsp;fermer doucement la porte avec le pinceau&nbsp;\u00bb&nbsp;; parfaire sans cesse la pratique avec une douceur telle qu\u2019elle ne d\u00e9range plus rien. (Je me souviens avoir vu des yogis, rarement il est vrai, si authentiques dans la simplicit\u00e9 de leurs gestes qu\u2019ils baignaient alors dans une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 lumineuse&nbsp;: je pense \u00e0 Jean D\u00e9chanet, un d\u00e9couvreur du yoga et ermite b\u00e9n\u00e9dictin retir\u00e9 \u00e0 Valjouffrey, dans l\u2019Oisans, lorsqu\u2019il \u00e9levait les bras, \u00e0 genoux sur l\u2019herbe des montagnes&#8230;)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns\">\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<h4 class=\"has-typo-color has-text-color\" id=\"puis-effacer-un-a-un-tous-les-barreaux-en-ayant-soin-de-ne-toucher-aucune-des-plumes-de-l-oiseau\" style=\"text-transform:lowercase\"><strong><em>\u00ab&nbsp;puis&nbsp;<\/em><\/strong><br><strong><em>effacer un \u00e0 un tous les barreaux<\/em><\/strong><br><strong><em>en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l\u2019oiseau&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/h4>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p>Juste apr\u00e8s ce moment, voici que la pratique change de sens, change de signe&nbsp;: seul l\u2019oiseau doit rester&nbsp;; il faut donc effacer tout ce que l\u2019on a fait, d\u00e9construire tout ce qui d\u00e9sormais ne sert plus \u00e0 rien, ne plus se fixer sur les moyens. Car si l\u2019oiseau est l\u00e0 (et il ne s\u2019envolera pas si on r\u00e9ussit en se lib\u00e9rant des r\u00e8gles \u00e0 ne pas m\u00eame l\u2019effleurer), l\u2019\u0153uvre n\u2019est pas finie&nbsp;!<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns\">\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<h4 class=\"has-typo-color has-text-color\" id=\"faire-ensuite-le-portrait-de-l-arbre-en-choisissant-la-plus-belle-de-ses-branches-pour-l-oiseau-peindre-aussi-le-vert-feuillage-et-la-fraicheur-du-vent-la-poussiere-du-soleil-et-le-bruit-des-betes-de-l-herbe-dans-la-chaleur-de-l-ete\" style=\"text-transform:lowercase\"><strong><em>\u00ab&nbsp;Faire ensuite le portrait de l\u2019arbre<\/em><\/strong><br><strong><em>en choisissant la plus belle de ses branches<\/em><\/strong><br><strong><em>pour l\u2019oiseau&nbsp;<\/em><\/strong><br><strong><em>peindre aussi le vert feuillage et la fra\u00eecheur du vent<\/em><\/strong><br><strong><em>la poussi\u00e8re du soleil <\/em><\/strong><br><strong><em>et le bruit des b\u00eates de l\u2019herbe dans la chaleur de l\u2019\u00e9t\u00e9\u0301&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/h4>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p>On doit revenir \u00e0 la beaut\u00e9 du monde qui d\u00e9sormais s\u2019organise non en fonction de nous, pour nous, mais <em>\u00ab&nbsp;pour l\u2019oiseau&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;fra\u00eecheur du vent&nbsp;\u00bb<\/em> et <em>\u00ab&nbsp;chaleur de l\u2019\u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;vert feuillage&nbsp;\u00bb<\/em> \u00e9vocateur de l\u2019ombre, et <em>\u00ab&nbsp;poussi\u00e8re du soleil&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;bruit des b\u00eates dans l\u2019herbe&nbsp;\u00bb<\/em> qui contraste avec le silence intime du peintre-yogi&nbsp;: les oppos\u00e9s (les <em>dvandva<\/em> du <em>YS<\/em>, II-48) sont bien l\u00e0, mais ils sont d\u00e9sormais compl\u00e9mentaires, harmonieusement li\u00e9s.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns\">\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<h4 class=\"has-typo-color has-text-color\" id=\"et-puis-attendre-que-l-oiseau-se-decide-a-chanter\" style=\"text-transform:lowercase\"><strong><em>\u00ab&nbsp;et puis attendre que l\u2019oiseau se d\u00e9cide \u00e0 chanter&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/h4>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p>C\u2019est ici qu\u2019on comprend que l\u2019ouvrage n\u2019\u00e9tait pas termin\u00e9, parce que l\u2019essentiel de l\u2019oiseau ne r\u00e9side pour le po\u00e8te ni dans sa beaut\u00e9, ni dans son envol, mais dans son chant, que je traduis dans la langue du <em>Yoga-s\u00fbtra<\/em> par <em>\u00e2nanda<\/em>, la joie calme et limpide de l\u2019\u00eatre humain qui a d\u00e9couvert ce qu\u2019il \u00e9tait vraiment, originellement, dans sa libert\u00e9 (<em>YS<\/em>, I-17).<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns\">\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<h4 class=\"has-typo-color has-text-color\" id=\"si-l-oiseau-ne-chante-pas-c-est-mauvais-signe-signe-que-le-tableau-est-mauvais-mais-s-il-chante-c-est-bon-signe-signe-que-vous-pouvez-signer\" style=\"text-transform:lowercase\"><strong><em>\u00ab&nbsp;Si l\u2019oiseau ne chante pas&nbsp;<\/em><\/strong><br><strong><em>c\u2019est mauvais signe&nbsp;<\/em><\/strong><br><strong><em>signe que le tableau est mauvais<\/em><\/strong><br><strong><em>mais s\u2019il chante c\u2019est bon signe<\/em><\/strong><br><strong><em>signe que vous pouvez signer&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/h4>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p>Il est bizarrement construit, ce petit couplet&nbsp;: Pr\u00e9vert n\u2019a pas voulu de parall\u00e9lisme, et au vers <em>\u00ab&nbsp;signe que le tableau est mauvais&nbsp;\u00bb,<\/em> n\u2019a pas oppos\u00e9 <em>\u00ab&nbsp;signe que le tableau est parfait&nbsp;\u00bb,<\/em> mais simplement <em>\u00ab&nbsp;signe que vous pouvez signer&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>; on ne retombe pas dans les paires d\u2019oppos\u00e9s de la vie ant\u00e9rieure, mais on passe dans un univers o\u00f9 ce qui compte, c\u2019est de pouvoir signer. Or, qu\u2019est-ce que la signature, sinon l\u2019expression d\u2019une personnalit\u00e9 humaine (<em>YS<\/em>, I-17 encore&nbsp;: <em>asmit\u00e2<\/em>) qui se sent suffisamment accomplie pour signer&nbsp;?<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns\">\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<h4 class=\"has-typo-color has-text-color\" id=\"alors-vous-arrachez-tout-doucement-une-des-plumes-de-l-oiseau-et-vous-ecrivez-votre-nom-dans-un-coin-du-tableau\" style=\"text-transform:lowercase\"><strong><em>\u00ab&nbsp;Alors vous arrachez tout doucement&nbsp;<\/em><\/strong><br><strong><em>une des plumes de l\u2019oiseau&nbsp;<\/em><\/strong><br><strong><em>et vous \u00e9crivez votre nom dans un coin du tableau&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/h4>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p>Ce nom \u00e9crit n\u2019est pas le plus important&nbsp;: ce qui a permis cette signature vient de l\u2019oiseau d\u00e9sormais apprivois\u00e9 qui s\u2019est laiss\u00e9 arracher une plume tout en continuant \u00e0 chanter. Ce nom est <em>\u00ab&nbsp;dans un coin&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>: il reste distinct de l\u2019oiseau (et dans le yoga c\u2019est important), et permet peut-\u00eatre de transmettre l\u2019exp\u00e9rience tout enti\u00e8re, de donner \u00e0 d\u2019autres la \u00ab&nbsp;recette&nbsp;\u00bb, de baliser un chemin en donnant \u00e0 voir ce qui en est le but.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cet oiseau, qu\u2019est-il, au bout du compte&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Moineau&nbsp;? Rossignol&nbsp;? Hirondelle&nbsp;? Aigle royal&nbsp;?<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Fran\u00e7ois Marm\u00e8che, professeur IFY Ce que me dit le titre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour faire le portrait d\u2019un oiseau&nbsp;\u00bb, Jacques Pr\u00e9vert (1945) [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"featured_media":601,"menu_order":0,"template":"","meta":[],"actualite-categorie":[14],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ify.fr\/ile-de-france\/wp-json\/wp\/v2\/actualite\/598"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ify.fr\/ile-de-france\/wp-json\/wp\/v2\/actualite"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ify.fr\/ile-de-france\/wp-json\/wp\/v2\/types\/actualite"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.ify.fr\/ile-de-france\/wp-json\/wp\/v2\/actualite\/598\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1443,"href":"https:\/\/www.ify.fr\/ile-de-france\/wp-json\/wp\/v2\/actualite\/598\/revisions\/1443"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ify.fr\/ile-de-france\/wp-json\/wp\/v2\/media\/601"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ify.fr\/ile-de-france\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=598"}],"wp:term":[{"taxonomy":"actualite-categorie","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ify.fr\/ile-de-france\/wp-json\/wp\/v2\/actualite-categorie?post=598"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}